Retourner à la liste des témoignages

Anticiper plus tôt l'insertion professionnelle et jouer cartes sur table avec le recruteur

syndrome d'Usher
maladie évolutive
déficience visuelle
rétinite pigmentaire
déficience auditive
fatigue visuelle
photosensibilité
repli sur soi
appareils auditifs
enseignement spécialisé
enseignement ordinaire
accessibilité du savoir
BEP
BAC STI IUT
génie électrique et informatique industrielle
stress
surmenage
stage
intérim
processus de recrutement adapté
1er emploi
mission handicap
RQTH
décrochage

Prénom : Bertrand*

Type(s) de handicap : Auditif - Visuel

Spécialité(s) étudiée(s) : Génie électrique

Métier : Technicien de maintenance

 

Témoignage : 

Thème 1 : Présentation du handicap

Je vis avec un syndrome d’Usher, je suis marié et père de 2 enfants.

Ce syndrome associe une atteinte visuelle, sous la forme d’une rétinite pigmentaire à une atteinte auditive. Sur le plan visuel j’observe que mon champ visuel est rétréci au centre et que je souffre de photophobie. La vue de nuit est très difficile. Le principal impact aujourd’hui de mon syndrome est la fatigue visuelle qui apparaît après une lecture prolongée. Je dis aujourd’hui car ma vue n’a pas toujours était si faible. Même si j’ai toujours eu des problèmes de vision nocturne et une faible vision à partir de 8 ans ma vue a surtout commencé à évoluer très progressivement à la baisse après mes 30 ans et surtout récemment, petit à petit, ce qui est tout de même inquiétant. Je le ressens physiquement au niveau de la photosensibilité.  J’ai la perception qu’à terme mes capacités visuelles ne me permettrons plus de rester dans le monde du travail … Aussi je dois y prêter attention car une fatigue visuelle prolongée peut entrainer un stress ou un surmenage. Je ne travaille plus qu’avec de la lumière blanche et je dois prendre des pauses très régulières.

Sur le plan auditif en revanche la situation est stable. D’emblée, dès l’enfance, j’ai souffert de troubles auditifs ce qui a pu causer une certaine attitude de retrait social mais sans que je ne puisse déterminer si cette attitude procède d’un trait de personnalité ou d’une contrainte liée à la communication. Aujourd’hui je suis appareillé avec des appareils en contour d’oreille.  

Thème 2 : Scolarité

Pour ce qui est de ma scolarisation j’ai bénéficié d’une scolarisation en école ordinaire puis j’ai été placé en établissement adapté pour déficients visuels. Rien à redire au niveau de l’accessibilité des cours qui est optimisée dans ces établissements pour les déficients visuels. En revanche mettre tous les jeunes avec le même type de handicap dans le même établissement ne les fait pas grandir beaucoup ni très vite… J’en ai fait l’expérience sur le plan relationnel et ce d’autant plus que ma surdité moyenne ne facilite pas la communication.

Thème 3 : Études suivies

Je suis repassé dans une filière ordinaire, directement dans une 1ère d’adaptation après l’obtention de mon BEP. J’ai préparé un bac STI, obtenu mention Bien et je me suis orienté vers une  IUT de génie électrique et informatique industrielle.

Là les problèmes ont commencé sur le plan scolaire.

Je ne pouvais pas suivre les cours en amphi même en étant assis au 1er rang. J’ai validé mon DUT néanmoins sans difficulté majeure exploitant au mieux mon tiers temps aux examens qui m’était utile car j’avais un peu de mal à écrire.

Thème 4 : Vie professionnelle

J’ai été confronté pour la 1ère fois à l’insertion professionnelle lors de mon stage de fin d’études. J’étais employé sur des tâches de maintenance d’appareils industriels pour le secteur ferroviaire ce qui n’était pas le type d’emploi pour lequel j’étais le plus doué.

Ce stage de 10 semaines validé et mon diplôme en poche je suis parti à la recherche d’un emploi, emploi que j’ai obtenu après 7 mois de recherche soit une recherche un peu plus longue que celle de mes camarades de promotion mais pas beaucoup plus, les autres ayant cherché tout de même 5 ou 6 mois en moyenne. 

Le 1er emploi après le stage était une mission d’intérim qui a duré 6 mois. J’étais encore jeune et j’ai alors été confronté directement aux difficultés visuelles et à leur impact sur le travail.

J’avais obtenu cet emploi en passant par un processus dédié au recrutement de travailleurs handicapés, par la mission handicap d’un grand groupe et en présentant ma RQTH.

Sous un contrat d’intérim j’ai été affecté à un poste de support technique, pas exactement de l’après - vente mais plutôt du support technique à l’emploi des appareils électriques que vendait notre groupe. Pas de problèmes par rapport à l’intégration avec les collègues en revanche j’ai éprouvé quelques difficultés qui provenaient du manque d’aménagement du poste et également du manque d’encadrement du manager. Malgré la bonne ambiance de travail, il n’y avait pas dans cette entreprise comme dans tant d’autres une véritable culture d’intégration du handicap. 

Avec du recul je pense que la mission handicap de l’entreprise aurait pu mieux m’intégrer en faisant preuve de persévérance.

Je suis resté sans emploi pendant 3 ans et demi. Je me suis remis en cause. L’expérience m’a fait découvrir les limites que le handicap imposait ; ses contraintes en fait mais aussi le besoin d’avoir confiance en soi.

Ce décrochage m’a amené à questionner l’orientation que j’avais prise, orientation prise largement, je pense, en méconnaissance de cause. J’en déduis qu’il aurait fallu anticiper beaucoup plus tôt mon insertion professionnelle. Il faut pouvoir évaluer son niveau de handicap et le confronter à la réalité du monde du travail. Ainsi nous pouvons jouer cartes sur table dès l’embauche. Il faut au-delà du discours de consensus tenir compte de la réalité des choses. Beaucoup d’entreprises font preuve d’engagement et de bonne volonté à travers la communication mais si les efforts ne suivent pas derrière alors les chances de maintien dans l’emploi seront minces. Le travailleur handicapé et l’entreprise qui l’accueille doivent réciproquement s’adapter. Avec du recul, je réalise que si je cherche un emploi par exemple, Il est important que la porte d’entrée dans l’entreprise pour moi ne soit pas uniquement le poste recherché, ni la compétence requise. Il faut recentrer le recrutement sur moi et chercher à savoir dans quelle mesure et dans quel environnement il m’est possible d’apporter mes compétences. Il peut être également judicieux d’aménager un poste en fonction des types de tâches.

Par ailleurs outre cette adaptation qui concernerait tous les jeunes en situation de handicap il serait crucial de développer les efforts pour mieux insérer le handicap lourd par le biais de mécanismes de compensation financière pour l’entreprise. Il faut prendre en compte la diversité dans la diversité : certains travailleurs handicapés seront encore plus en difficulté que d’autres, ceci est une réalité mais le pragmatisme et l’optimisme vont de pair.  

Date du témoignage : le 04 février 2013

* Le nom a été modifié pour des raisons de confidentialité