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Communiquer sur son handicap et l'assumer pour éviter l'incompréhension

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sentiment d'être une charge
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intégration
Rencontres Nationales
dédramatiser le handicap

Prénom : Florence

Type(s) de handicap : Auditif

Spécialité(s) étudiée(s) : Licence Pro gestion

Ville : La Rochelle

 

Témoignage:

Thème 1 : Présentation du handicap

(présentation de la déficience, impacts sur la vie quotidienne, structures spécialisées, regard des autres, logement, transports …)

Je suis malentendante avec une perte auditive de 65 % à l’oreille gauche et 30 % à droite. Je ne suis appareillée qu’à l’oreille gauche.

Dans la vie de tous les jours, ce n’est pas facile car n’assumant pas du tout mon handicap, je n’ose pas en parler et je n’aime pas faire répéter par crainte d’un manque de patience de la personne en face même au risque d’être prise pour une débile mentale puisqu’au final, je finis par répondre n’importe quoi parce que je n’aurai pas compris la question au bout de 2 fois.

Mon handicap m’empêche clairement d’avoir confiance en moi et de m’imposer face aux personnes.

Thème 2 : Scolarité

(milieu ordinaire/milieu spécialisé, orientation, relations avec les enseignants et les élèves, …)

Après une école primaire très moyenne au niveau des résultats dont un redoublement en CE1, je rentre dans un collège normal mais dans une classe dite « d’insertion » où j’étais la seule avec un handicap, ce fut le cas pendant les 4 années de collège. Ensuite, j’ai fait un BEP Secrétariat obtenu en 2006 et par la suite, je finis par obtenir un baccalauréat « Sciences et Technologies de la Gestion » spécialisé en Communication et Gestion des Ressources Humaines en 2008.

La relation avec les élèves au collège a été très difficile. En primaire, je m’en fichais de mon handicap parce que j’étais pour moi comme les autres enfants sauf que la rentrée au collège a été violente quand je me suis rendu compte de ma différence et que je n’étais pas prête à affronter le collège et des adolescents intolérants. J’étais beaucoup trop faible pour me défendre face aux attaques verbales et non verbales, je me suis sentie bien seule et personne pour me défendre, du coup je me suis laissée faire et je n’en ai parlé à personne. Ce traumatisme a fait que j’ai rarement eu confiance en les autres, la méfiance était devenue mon quotidien et c’est toujours le cas aujourd’hui. La relation avec les élèves ne s’est vraiment améliorée que quand je suis arrivée en 1ère STG avec des personnes beaucoup plus matures mais le mal était déjà fait.

Pour les enseignants, je me suis souvent bien entendu avec eux, j’ai toujours eu de bons commentaires et des encouragements de la part des différentes équipes pédagogiques. C’était sans aucun doute, une force qui m’a permis de réussir. Ils ont cru en moi et c’était le plus important.

Pour les aménagements, j’ai eu la chance de bénéficier de certains aménagements. Au brevet des collèges, les élèves ayant un aménagement étaient placés dans une salle à part avec un sujet de français, de mathématiques et d’histoire-géographie différent et j’ai été dispensé d’oral d’anglais et d’espagnol pour le bac.

Thème 3 : Études suivies

(type d’études, adaptations et aménagements, difficultés rencontrées/solutions trouvées, …)

Après le bac, je pars par défaut dans un BTS Assistant de Manager que j’ai arrêté à la fin de la 1ère année. Je me suis finalement inscrite en 1ère année de licence de gestion à l’Université de La Rochelle en 2009. 

Le domaine universitaire est beaucoup plus difficile que le domaine scolaire, j’ai passé 3 ans isolée dans ma bulle. J’étais encore une fois la seule parmi tous les étudiants de gestion à avoir un handicap auditif et peu de personnes étaient au courant, je ne pouvais pas en parler, c’était trop dur à dire. Je ne faisais confiance à personne et cette fois, je ne pouvais absolument pas compter sur les enseignants.

Dans mon cas, j’aurais pu décider de ne pas solliciter le cellule handicap et surtout, si je n’avais pas eu de problèmes par rapport à mon appareil auditif qui était tombé définitivement en panne avant ma rentrée en 1ère année, je n’aurais jamais connu l’existence d’une cellule handicap (j’avais une camarade dyslexique qui a refait deux fois sa 2ème  et sa 3ème  année et n’a jamais connu l’existence du cellule handicap et ne savait même pas qu’elle pouvait avoir des aménagements dont le tiers-temps : quel gâchis !) Pour mon année de BTS, je n’ai absolument pas parlé de mon handicap sauf à deux ou trois camarades. Les professeurs n’étaient eux pas du tout au courant mais un jour j’ai été confronté à ce que j’appellerais une humiliation personnelle : en cours d’anglais pour une mise en situation professionnelle, on devait communiquer en anglais avec la professeur d’anglais se trouvant dans la pièce d’à côté, dos tourné et là, gros blocage, je ne comprenais pas un mot, incapable de répondre à ses questions (à savoir que les cours de langues ont toujours été sources de souffrance pour moi, de la 6ème à maintenant, pourtant j’adore les langues). A ce moment, j’étais bien obligé de lui parler de mon handicap, je ne pouvais plus me taire, l’humiliation était trop forte.

Au final, j’ai mis deux ans et demi pour obtenir mes deux années de licence (Décembre 2011) et actuellement, je suis en Licence Professionnelle « Droit, Gestion et Comptabilité de l’entreprise », j’ai validé le premier semestre et je pense obtenir mon bac+3 sans souci en juin prochain et c’est grâce à mes deux camarades Céline et Magali qui ne m’ont pas jugé par rapport à mon handicap. On a bossé ensemble toute l’année universitaire et la confiance règne entre nous.

Céline et Magali ont appris d’un coup avec pourtant aucunement l’intention de leur en parler. Notre responsable de licence a un jour dit au mois de septembre en cours qu’une personne devait bénéficier d’aménagements et voulait savoir qui… Pris au piège, j’ai timidement levé la main devant les 23 élèves de la classe… C’était dur mais après c’était le soulagement. Au final, l’ambiance assez « pourrie » au sein de la classe m’a permis d’échapper à l’  « esprit de promo » et d’ignorer les autres grâce à cette collaboration avec mes deux camarades. 

Pendant mes 4 années d’université, j’ai été suivie par la cellule handicap de l’Université, on a envisagé ensemble les aménagements à mettre en place, sauf que pour moi, ça n’a rien changé à ma situation. Tout simplement parce que certains enseignants n’ont jamais mis en place les aménagements dont j’avais droit (tiers-temps par exemple) et que moi, je ne pouvais pas leur dire que j’avais tels aménagements. C’était trop difficile pour moi de dire à un prof que j’avais droit à un tiers-temps parce que je ne savais pas s’il était au courant ou pas de mon handicap.

Mais la formation ne se limite pas aux études ni les difficultés d’ailleurs. A l’auto-école, j’ai  parlé de mon handicap mais la monitrice a vite oublié que j’avais un handicap et elle a perdu patience avec moi car je suis quelqu’un d’assez lent : j’avais besoin de temps. Du coup, au lieu de lui rappeler mon handicap, de mettre les points sur les i, j’ai préféré fuir… J’ai arrêté il y a bientôt 3 ans au bout de 27h de conduite à l’étape 2. Je n’y arrivais pas et le manque de patience était insupportable. Aujourd’hui, je n’ai pas mon permis, j’ai perdu mon code et de l’argent gaspillé… C’est de ma faute, la faute à l’auto-école et à cette monitrice. J’envisage tout de même de me réinscrire dans une autre auto-école en septembre avec la peur au ventre de revivre la même chose…

Thème 4 : Vie professionnelle 

(stages / jobs d’été / apprentissage / carrière professionnelle, aspirations, craintes /espoirs, aménagements, relations avec les collaborateurs, …)

Le monde du travail est sans aucun doute encore plus difficile que le monde scolaire et universitaire. Ma seule force est ma Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé. Sans cette reconnaissance, je pense que je ne pourrais jamais parler de mon handicap avec la peur au ventre de me faire discriminer lors des entretiens.

L’avantage de la RQTH pour moi est surtout de pouvoir, je pense, trouver un emploi plus facilement car certaines entreprises n’y verront que des avantages au niveau financier. Chacun y trouve son compte et je compte bien utiliser la RQTH un maximum pour trouver un emploi à partir du mois de septembre et qui sait que peut-être, ça va m’aider à accepter mon handicap mais le chemin reste encore très long.

J’ai fait beaucoup de stages et je sais à quel point, je n’ai jamais supporté de faire des stages. Il faut toujours être à l’écoute, entendre, comprendre ce qu’on me dit et c’est toujours des épreuves terribles à passer sans garantir que j’ai bien compris ce que l’on attend de moi surtout quand personne n’est au courant de mon handicap. C’est une erreur de ne pas en parler mais quand vous êtes en entretien et que la personne est sur le point de vous dire « Ok pour le stage », parler de son handicap est la dernière chose à faire puisque l’on ne sait pas comment va réagir la personne face à la nouvelle donc la seule chose à faire, c’est de se taire sur ce point-là jusqu’à la signature des conventions, après on le dit ou pas. Moi, j’ai toujours choisi de me taire.

Pour les emplois, moi je n’aime pas les métiers où un supérieur donne des ordres tout au long de la journée, j’aime être autonome sur mon poste, par exemple j’ai été hôtesse de caisse et n’avoir personne sur le dos, c’était le bonheur total. Je sais que je ne peux pas faire des métiers où tout doit être fait dans l’urgence, genre la restauration, l’hôtellerie, etc,… car on va me balancer des informations que je n’arriverai pas à capter dans leur intégralité et après, on viendra me reprocher de n’avoir pas fait ceci, cela. Pour l’avoir vécu pendant mon stage en hôtellerie, c’est très dur quand la patronne agacée finit par te renvoyer chez toi pour le reste de la journée et qu’il est bien trop tard pour lui annoncer l’existence de son handicap !

Il ne faut pas avoir le sentiment d’être un boulet mais c’est ce que malheureusement je ressens, le sentiment d’être le boulet de la société et je pense que beaucoup de personnes en situation de handicap ressentent ce sentiment.

Thème 5 : Loisirs

(sports, culture, structures spécialisées, …)

Malgré mon handicap, je trouve mon bonheur dans la musique et chaque jour je remercie la vie de pouvoir écouter de la musique.

Je suis d’une nature passionnée, assez curieuse et observatrice donc je m’intéresse à beaucoup de choses.

Pour le sport, je fais de la musculation, de la natation, la marche à pied en amateur. Je suis également passionnée de football, de rugby et beaucoup d’autres sports.

Thème 6 : La FÉDÉEH

(motivations, attentes, satisfactions, …)

J’attends de la FÉDÉEH qu’elle devienne d’un intérêt national et que chaque université ait son bureau FÉDÉEH avec des membres (en situation de handicap ou non ; étudiant ou non ; bénévole ou non) qui puissent être complémentaires avec les cellules handicap des universités pour aider les personnes en situation de handicap à trouver un stage, des aides dans la vie de tous les jours (covoiturage, logements, financement,…), un job,…

Surtout, communiquer dans les collèges, les lycées pour encourager les personnes en situation de handicap à poursuivre leurs études en leur garantissant un accompagnement régulier mais aussi faire taire les préjugés. Il faudrait également intégrer dans la FÉDÉEH une cellule d’accompagnement pour les collégiens et lycéens en situation de handicap pour éviter leur isolement. A ma connaissance, il n’y a pas d’équivalence de la FÉDÉEH au niveau collège et lycée et je pense que l’intégration des élèves en situation de handicap doit commencer dès l’adolescence.

Je pense que dans mon cas le simple fait de venir aux Rencontres Nationales peut m’aider à dédramatiser ta situation de handicap et te donner beaucoup de courage en rencontrant des personnes qui assument des situations de handicap parfois très difficiles et qui les surmontent. Idéalement il faudrait aussi organiser ces Rencontres en dehors de la région parisienne.

Et enfin, bien sûr, je souhaite que la FÉDÉEH continue à organiser des Handicafés© dans les campus universitaires. C’est important de pouvoir rencontrer des recruteurs sans avoir à se cacher.

Date du témoignage: le 12 mai 2013