Retourner à la liste des témoignages

Du coma à la réinsertion dans les études grâce à une association étudiante

coma
rééducation
hostilité
muet
association étudiante
AShcub

Prénom : François*

Type(s) de handicap : Moteur - Autre

Spécialité(s) étudiée(s) : Master en sociologie

Ville : Dijon

 

Témoignage : 

Thème 1 : Présentation du handicap

En juillet 1995 suite à un accident, piéton je fus renversé par une moto à Mande lieu (côte d’Azur) ; amené par le SAMU aux urgences de Mande lieu. Coma d’emblée avec grave traumatisme crânien. Je fus donc transféré en réanimation de Nice.  

En août, je fus transféré du service de réanimation de Nice au Centre de Convalescence et de Rééducation du CHU de Dijon. Je n’étais pas encore sorti du coma. Le chef du service, le professeur Didier, craignant le pire pour moi, me fit prendre en charge par la section réanimation des urgences. J’y suis resté pendant un mois, jusqu’à mon réveil progressif du coma. Je fus alors renvoyé au centre de convalescence et de rééducation où une équipe médicale et paramédicale très compétente, vigilante et humaine me prit en charge. Au début de l’automne il  fut question de me retirer ma trachéotomie. Pour mes parents, mon entourage, j’allais enfin pouvoir parler ! La trachéotomie enlevée, à la grande surprise du professeur et du neurologue, je ne parlais pas. Après de nombreuses recherches, il s’avéra  que le tronc cérébral avait subi d’importantes lésions. On annonça alors à mes parents que, en fonction des connaissances médicales de l’époque, je ne pourrais pas reparler. L’ergothérapeute du centre de Convalescence et de Rééducation dans lequel je me trouvais  organisa avec les représentants d’une boite handicap-technologies  une démonstration d’un appareil vocal en présence de mes parents, de ma jeune sœur et de mon petit frère. J’écrivis un message destiné au petit Etienne puis je le sonorisai : « Etienne je t’aime », il répondit tout étonné « Mais c’est mon frère qui me parle ! » L’émotion fut générale. 

Quel peut bien être l’intérêt de la narration de ce que j’ai vécu- dont deux mois qui sont hors de ma mémoire ? Je pense qu’il explique bien le fait que le handicap n’est pas une fin en soit, n’est pas une catastrophe de laquelle on ne se relève pas. 

 Eté 1997- Après une année supplémentaire en milieu hospitalier, dans un centre de rééducation fonctionnel (été 1996-été 1997), le médecin chef souhaita m’envoyer faire un bilan de mes capacités dans un centre près de Paris . J’y ai passé toutes sortes d’examens,  dont un QI. Qui se révéla fort négatif : je mettais beaucoup trop de temps pour répondre. C’était fatal : il fallait que je tape d’une main tremblante mes réponses sur mon appareil vocal. A la fin du séjour les médecins m’ont reçu dans un bureau avec mes parents. Le verdict tomba et il fut terrible : il faudrait m’inscrire dans un centre de vie. Désespéré, je dois dire que je me suis mis en colère, avec force gestes !  Ce qui a dû conforter le corps médical sur mon incapacité totale à me contrôler et donc à vivre seul, ne serait ce qu’une partie du temps. Le début du retour en voiture fut sinistre. La consternation passée : mes parents et moi passerions outre aux ordres médicaux. Peu de temps après j’emménageai dans le petit appartement. J’y vécus  très bien, pendant  trois ans, remontant parfois  le moral de ma tierce. Je sortais en ville faire des courses ou pour profiter de la vie en ville.

Thème 2 : Études suivies

C’est durant cette période que nous décidions à ce que je reprenne des études. Les cours par correspondance du CNED ne me plaisaient pas du tout : je désirais être en contact avec du monde. Je repris des cours d’histoire-géographie de première / terminale pour au final être dirigé sur l’université. 

Il est certain que je fus victime de nombreuses offenses envers ma personne durant toutes ces années. On me prit souvent pour une personne qui ne comprendrait pas ce qu’on lui dit. 

L’arrivée en faculté marqua un réel tournant ; là on me parlait comme à une « personne qui comprenait ». Certes, il m’arrivait toujours d’aller dans des lieux de Dijon où on me prenait pour un débile. Je faisais fis de cela, me disant qu’il valait mieux « laisser glisser ». Ce qui m’encouragea à multiplier mes contacts avec du public étudiant valide. Je tiens d’ailleurs à appuyer sur l’importance d’assos étudiantes handicap, car c’est par celle de Dijon, l’AHSCuB qui m’a accompagnée durant toute cette année que je dois en partie ma mention bien, en master 2 section sociologie. Je terminerai mon témoignage en vous disant que certes les « représentations vis-à-vis du handicap » ne sont pas prêtes de disparaitre. Cependant je crois vivement que c’est à nous qui sommes réunis ici, donc convaincus, à tenter de modifier ces idées qui sont ancrées dans « l’esprit commun » de nos sociétés contemporaines. 

Date du témoignage : le 19 novembre 2012

* Le nom a été modifié pour des raisons de confidentialité