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D'une adaptation difficile en 1ère année à la mobilité internationale

déficience visuelle
chien guide
tabou
regard des autres
milieu ordianire
INJA
Paris IX Dauphine
élitisme-compétition
braille
Paris 3 Sorbonne Nouvelle
mission handicap
séjour à l'étranger
stage
accessibilité numérique

Prénom : Pauline

Type(s) de handicap : Visuel

Spécialité(s) étudiée(s) : Licence de Littérature - communication

Ville : Aix en Provence

 

Témoignage : 

Thème 1: Présentation du handicap

Je suis non voyante depuis l’âge de 13 ans suite à une tumeur cérébrale ayant endommagée le nerf optique. Le monde du handicap, plus particulièrement du handicap visuel, m’était alors totalement inconnu. C’est grâce à toutes les démarches effectuées par mes parents que nous avons pu appréhender ce milieu et prendre contact avec des structures spécialisées.

Aujourd’hui je suis parfaitement autonome et mon handicap ne me pose plus problème. J’ai vécu seule assez tôt ; il a donc fallu que je m’adapte, que je trouve des solutions aux difficultés que je rencontrais au quotidien.

Je n’ai pas de chien guide. Je l’envisage, mais avoir un chien n’est pas vraiment compatible avec mon mode de vie actuel. Je pense peut-être en prendre un plus tard, pour le confort lors des déplacements, et bien sûr aussi pour tout ce qu’apporte un chien.

Le regard des autres ne me pose pas de souci. Je ne le vois pas ! Mais au-delà du côté humoristique de cette phrase, elle n’est pas tout à fait fausse. Selon moi, ne pas le voir permet d’en faire abstraction plus facilement. Et je suis toujours contente de répondre aux questions. C’est de cette manière que les gens  dédramatiseront le handicap, que le sujet deviendra moins tabou, et aussi qu’ils prendront conscience de nos réelles difficultés.

Thème 2: Scolarité

Ma scolarité s’est déroulée en grande partie en milieu ordinaire, jusqu’à ce que je perde la vue, en classe de 3ème. J’avais alors un an d’avance, et je ne connaissais pas du tout les établissements spécialisés ; j’ai même pendant un temps refusé d’y entrer. J’ai commencé mon apprentissage du braille et de la locomotion dans un institut non loin de chez mes parents, tout en tentant de poursuivre une scolarité «  normale ». Mais cela s’est avéré trop compliqué, et l’année suivante, j’ai accepté d’aller à l’INJA (Institut National des Jeunes Aveugles) à Paris. J’ai ainsi pu rencontrer d’autres jeunes déficients visuels, et apprendre des techniques pour les déplacements, la vie quotidienne, l’adaptation des études. Un passage en Section d’Adaptation Technique (SAT) de quelques mois m’a permis d’acquérir les bases en informatique et en braille pour pouvoir ensuite suivre les cours.

Comme la plupart des jeunes qui arrivent au lycée, je ne savais pas vraiment vers quoi m’orienter. J’ai choisi la section économie et sociologie, un peu par défaut. J’ai passé trois ans à l’INJA, jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat en 2007.

Thème 3: Études suivies

Je suis ensuite entrée à l’Université Paris Dauphine en économie et gestion appliquées, mais je me suis rapidement rendue compte que cela ne me convenait pas et je n’y ai suivi qu’un semestre. Les raisons sont de deux ordres. D’une part car mon niveau n’était pas suffisant et que l’état d‘esprit élitiste de la plupart des étudiants ne me plaisait pas, et d’autre part car j’ai rencontré un certain nombre de difficultés liées à mon handicap. Il n’y a pas de réelle équipe dédiée aux élèves en situation de handicap dans cette université. C’est la responsable de la vie universitaire qui s’occupait de nous. Nous n’étions pas très nombreux, mais cela représentait tout de même beaucoup de travail pour elle. J’ai donc très vite pris l’habitude de m’adresser directement à mes enseignants en début de semestre pour leur expliquer mes besoins, mes attentes. C’est la meilleure manière d’établir le contact, et j’ai fonctionné comme cela tout au long de mes études. Dans ce cas précis, j’avais des difficultés avec les matières scientifiques (mathématiques, économie, comptabilité). Ayant appris le braille relativement tard, je ne le maîtrise pas bien, et je travaille très lentement lorsque je l’utilise. Or, ce sont des matières qui ne peuvent se faire sans utiliser le braille, c’est pourquoi je n’ai pas souhaité poursuivre.

L’année suivante, j’ai commencé une licence en lettres modernes et communication à l’université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Tout s’est très bien passé, je n’ai eu aucun problème d’adaptation. Les professeurs étaient compréhensifs, et nous trouvions toujours une solution pour me communiquer les documents, les cours, les sujets d’examen. Comme dit plus haut, je ne travaille pas en braille, il était donc facile pour eux de me transmettre les fichiers sur support informatique. Il n’y avait pas réellement de personnel dédié aux étudiants en situation de handicap, c’était à l’époque l’infirmière aidée d’une ou deux personnes qui remplissait cet office. Je crois savoir que depuis les choses ont un peu changé.

J’ai effectué les deux dernières années de ma licence à Aix-en-Provence. Là encore tout s’est bien déroulé, je suis même parvenue à suivre un cours de cinéma. Là, une équipe d’au moins deux personnes, avec des locaux dédiés, était là pour gérer nos besoins d’adaptation, transcriptions en braille, agrandissement pour les malvoyants, et adaptations pour tous types de handicaps.

L’année prochaine je pars aux Etats-Unis, à l’université, pour obtenir un Bachelor. J’envisage peut-être un Master ensuite, mais tout dépendra de l’évolution de mes études, de mon projet. Je sais qu’aux Etats-Unis le handicap est mieux géré, mieux accepté au niveau de la société qu’en France, je ne me fais donc pas trop de souci. Je fonctionnerai comme j’en ai l’habitude, et je m’adapterai en fonction.

Thème 4: Vie professionnelle

Etant donné que mes études étaient très théoriques, je n’ai fait que très peu de stages. J’ai effectué un bilan de compétences à la suite de ma licence, et par la suite deux stages de deux semaines chacun. 

Le premier en communication chez SFR. J’ai été très bien accueillie, j’ai incité les collaborateurs à me poser toutes les questions qu’ils voulaient, et je leur ai expliqué mon mode de fonctionnement. Ils étaient curieux et intéressés, et j’ai beaucoup apprécié ce stage sur le plan humain. Bien que je n’étais là que pour une courte période, ils essayaient de m’intégrer au maximum, de me montrer tout ce qu’ils faisaient.

Le second s’est déroulé chez L’Oréal, en communication toujours. J’ai eu moins de choses à faire que lors de mon premier stage, et j’avais un bureau seule, donc j’ai eu beaucoup moins de contacts avec l’équipe. Globalement tout s’est bien passé, et là encore pas de problèmes d’adaptation car ils travaillent sur informatique et sur des fichiers qui sont la plupart du temps accessibles. Certes j’avais parfois des documents illisibles mais je me débrouillais toujours pour les redemander en format accessible. Si ces documents n’étaient pas accessibles électroniquement  je les imprimais et les scannais.

Thème 5: Loisirs

Lorsque j’ai perdu la vue, je faisais de la danse. J’ai continué un peu mais j’ai vite arrêté. Au-delà de l’aspect technique, c’est aussi car je suis partie en internat à Paris, et que je ne revenais chez mes parents que le week-end. J’avais également déjà fait de l’équitation, sport  que j’ai arrêté.

A l’INJA, j’ai découvert le Torball, un sport pratiqué essentiellement par des non et malvoyants. J’en ai fait durant quelques années mais j’ai arrêté lorsque j’ai commencé mes études.

J’ai aussi fait de la musique. J’ai tenté d’apprendre le solfège braille au lycée, mais j’ai rapidement abandonné. Les difficultés pour déchiffrer les partitions m’enlevaient tout plaisir de jouer. Je faisais de la batterie, de la guitare et maintenant un peu de basse. Tout cela uniquement à l’oreille. Les professeurs ont dû s’adapter mais tout s’est très bien passé.

J’ai également suivi des cours de théâtre au lycée pendant un an.

Thème 6: La FÉDÉEH

J’ai connu la FÉDÉEH par l’intermédiaire d’un ami, au tout début de son existence. J’étais à l’époque à Aix en Provence, et j’ai essayé de mettre mon université en contact avec eux. Je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui.

Date du témoignage: le 11 décembre 2012