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Etranger en situation de handicap : un double handicap ?

polyomélite
boiterie
réussite scolaire
job étudiant
job d'été
petit boulot
démotivation
baisse de moral
master de finance
AES
management
stage
étranger
discrimination

Prénom : Magatte

Type(s) de handicap : Maladie chronique

Spécialité(s) étudiée(s) : Finance

Ville : Strasbourg

 

Témoignage:

Thème 1 : Présentation du handicap

Je m’appelle Magatte BA. Je suis né en 1984 à Dakar. C’est là où j’ai grandi et suivi ma scolarité jusqu’au bac. A l’âge de 2 ans j’ai été atteint de poliomyélite. Cette maladie, bien que soignée rapidement à l’hôpital, m’a laissé une séquelle. Pour ceux qui ne connaissent pas, la polio est une maladie virale qui génère une paralysie brusque (souvent les membres inférieurs). Par chance je n’ai perdu que certaines fonctionnalités de ma jambe droite ce qui me cause une boiterie. 

Thème 2 : Scolarité

De ce fait j’ai toujours été autonome et mon handicap ne m’a jamais causé de soucis durant ma scolarité. J’étais même bon à l’école. Dans la vie de tous les jours, j’avais un entourage qui faisait peu cas de mon handicap lorsqu’il s’agissait de faire des choses. J’ai donc évolué comme un enfant normal : j’ai joué au foot, etc.

Thème 3 : Études suivies

Après mon bac j’ai été accepté par une université à Strasbourg pour venir poursuivre mes études dans la filière économique. En France, ma première difficulté a été le financement de mes études puisque je n’étais pas boursier. J’entends par financement subvenir à ses besoins vitaux comme : payer son loyer, se nourrir etc. Le deuxième souci concernait mon titre de séjour. J’ai éprouvé beaucoup de difficultés pour l’obtenir lors de ma première année (et cela s’est passé ainsi pour les renouvellements). Je devais prouver avoir les ressources nécessaires pour subvenir à mes besoins et sans ce titre de séjour je ne pouvais pas travailler. Franchi ce cap je devais trouver un job d’étudiant. Les jobs les plus accessibles étaient souvent, un minimum, physiques. Et là je me retrouvais souvent face à des employeurs qui me refusaient le job me renvoyant mon handicap à la figure. Pour exemple, une fois j’ai eu un accord de principe au téléphone pour un job dans un restaurant universitaire à Strasbourg mais quand je me suis présenté j’ai eu un refus catégorique sous prétexte que c’était dangereux pour moi (glissade, chute). J’ai voulu insister en allant voir la responsable du CROUS qui s’occupait des restaurants universitaire pour qu’elle intercède en ma faveur. Je lui ai, donc, expliqué ma situation, que je n’avais pas de ressources et que je ne bénéficiais pas de l’AAH pour cause d’handicap insuffisant. Elle m’a rétorqué qu’elle ne gère pas un organisme social. 

Thème 4 : Vie professionnelle

Je parvenais quand même à trouver de petits jobs, surtout l’été comme ouvrier agricole dans la récolte de tabac. A défaut de ne pouvoir financer mes études cela me dépannait de temps à temps sans compter la fierté que l’on tire à gagner de l’argent à la sueur de son front. Mes premières années universitaires je les ai passées comme cela, sans job stable et en cherchant continuellement avec les nombreuses conséquences que cela engendrait. Des conséquences sur le plan financier mais aussi sur le plan psychologique car mes nombreux échecs à trouver un job (souvent à cause de mon handicap) me pesaient mentalement et je passais par des périodes de baisse de moral et de démotivation si bien que je n’allais même plus en cours. 

Et puis j’ai décidé de me concentrer sur mon objectif principal c'est-à-dire les études même si je devais galérer financièrement. Mais là aussi les années où je devais effectuer un stage étaient celles que je redoutais les plus. J’ai du redoubler deux fois durant mon cursus parce que je n’ai pas pu trouver de stage : la première fois en troisième année d’AES/Management et cette année je me suis réinscrit en master de Finance juste pour valider mon deuxième semestre, n’ayant pas trouvé de stage l’année dernière. Dans ma recherche de stage je crois cumuler deux difficultés : mon origine et mon handicap. L’origine n’est certainement pas étrangère à mon échec dans la recherche de stage. Dans ma promotion en étant 12 étudiants, les 4 derniers qui n’avaient pas encore trouvé de stage à la fin du premier semestre étaient les 4 étrangers de la classe. Parmi ces 4, deux ne sont, finalement, pas parvenus à trouver un stage : un camarade de classe angolais et moi.

Date du témoignage : le 10 janvier 2013