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Etudes de droit et cécité: d'un concours de circonstances à l'affirmation de la volonté de devenir avocat

déficient visuel
GIAA
manque d'information médicales
rapport au handicap
accessibilité numérique
réussite scolaire
droit
avocat

Prénom : Laurent

Type(s) de handicap : visuel

Spécialité(s) étudiée(s) : Droit

Ville : Pau

 

Témoignage:

Thème 1: Présentation du handicap

Ces quelques mots pour vous parler de moi, en ayant la prétention quelque peu outrancière de croire que cela pourra vous intéresser, amuser, ou bien peut être vous informer.

Quoi qu’il en soit je me présente, je suis Laurent, j’ai 34 ans, et je suis non voyant. 

Thème 2: Scolarité

Le cursus de mes études se déroula de façon classique jusqu’en troisième à la fin du collège. Là le glaucome diagnostiqué peu après ma naissance, s’accentua au point de m’empêcher de continuer mes études. Je ne pouvais désormais plus lire que des textes en gros caractères, et les déplacements devenaient problématiques en raison de mon champ de vision qui se rétrécissait. J’avais alors 17 ans.

C’est une période troublée qui démarre en suite, je ne suis pas aveugle, je ne suis plus voyant à proprement parler. Il y a à ce stade, un manque criant d’informations pour mon entourage et moi-même, je suis alors déscolarisé sans aucunes perspectives. Ma vue décline lentement mais surement pour parvenir à ce qui est aujourd’hui, ma cécité. Le corps médical a plutôt alors tendance à traiter une maladie plutôt qu’un malade même si j’ai rencontré des médecins plus humains et soucieux de mon insertion sociale.

Je fais l’acquisition avec l’aide de mes parents d’un appartement en centre ville, et je demande des aides pour me doter d’un ordinateur adapté. Sur le net, je découvre les différentes formations qui sont offertes aux non voyants. Je me fais accompagner désormais d’un chien guide, qui m’oblige à sortir, pour m’éviter de rester bloqué dans ma prison dorée au troisième étage. Le GIAA de Bordeaux me numérise les livres sans les détruire ce qui me permet d’emprunter des ouvrages rares dans les bibliothèques pour les faire scanner par le GIAA.  Le seul inconvénient de cette technique est que le temps de traitement est un peu plus long.

Thème 3: Études suivies

Vers l’âge de 26 ans je perds la vue, de façon très progressive et lente.  Un jour je recueille une information  un peu par hasard, grâce au GIAA de Bordeaux qui m’interpelle. Il existe une formation nommée Capacité en Droit, juste aussi ancienne qu’elle est discrète, ouverte aux personnes adultes, âgées de 17 ans minimum, sans conditions de diplômes.

Elle permet d’obtenir un équivalent au bac qui offre la possibilité de faire des études universitaires. C’est dans cette voie que je me lance, aidé par le Cap Emploi, et accueilli pour un premier rendez vous par le chargé de mission des personnes handicapées de l’université.

J’ai été mis en confiance par la gentillesse des personnes responsables des cours, et très vite un déclic s’opéra en moi.

En effet, pour la première fois depuis très, très longtemps je suis considéré non pas pour ce que je ne peux pas faire, mais pour mes capacités à répondre et Ô surprise à avoir de bonnes notes.

Je termine major des deux ans que dure cette formation, en prenant au passage beaucoup de confiance en moi. Mon cuir un peu tanné par mon histoire, s’assouplit par la réussite récente, je mûris un peu et me met à penser à l’avenir.

Je saute la première année de licence de Droit, pour parvenir en seconde année directement, et j’en sors avec mention. Je suis aujourd’hui en troisième année et l’aventure continue.

Au fil du temps je me suis rodé. Mon chien pour m’amener en cours, mon PC pour prendre les cours avec la synthèse vocale, les écouteurs pour ne pas faire de bruit, n’en utilisant qu’un seul pour avoir une oreille sur la synthèse, et l’autre dans le cours.

Il y a aussi la numérisation des ouvrages par le GIAA. Un petit dictaphone aussi dans mon sac, pour l’avoir, au cas fréquent malheureusement où la synthèse me plante. Un scanner efficace aussi pour transférer les documents lorsque je dois travailler dessus.

Un peu d’organisation, un peu de bonne humeur, puis les choses avancent comme ceci depuis maintenant quatre ans. 

Thème 4: Vie professionnelle

J’envisage désormais une possible profession dans les carrières des métiers juridiques, sans vraiment encore être très bien fixé sur ce que sont mes envies. La magistrature, l’avocature sont des professions attirantes et je ne m’interdit rien, tout en gardant présent à l’esprit ce qu’est mon handicap, et les contraintes qu’il m’impose. Je choisirai un travail où mon handicap ne m’empêchera pas de donner le meilleur de moi-même. 

Thème 5: Loisirs

J’ai toujours agit ainsi, notamment dans les loisirs que je pratique. Je fais ainsi du karaté et du golf sport, cela me permet de fréquenter des personnes non atteintes de handicap au travers d’activités communes et de passions partagées. J’admets que caractériser une personne comme « atteinte de handicap » peut être perçu comme certains comme invalidant mais pour moi un handicap reste un amoindrissement même si ce n’est pas ainsi que je souhaite que l’on me définisse. La notion de handicap est d’ailleurs mouvante dans notre société ; les jeux paralympiques ont amené à questionner cette notion. 

Thème 6: La FÉDÉEH

Mon engagement dans la FÉDÉEH participe de cette même ambition de non ghettoïsation du handicap. En effet ce qui était ma philosophie dans l’approche de mon handicap se refléta dans l’action de cette organisation. Au travers de mon parcours durant ces dernières années j’ai rencontré de nombreuses personnes désireuses d’avancer sur ces problématiques, conscientes de la nécessité d’une évolution sur ces questions. Cependant, souvent la peur de mal faire, ou le manque d’information laisse ces gens au stade de la bienveillance et des bons principes. Le dynamisme apporté par l’émulation collective de la FÉDÉEH encourage à croire que les choses sont en train d’évoluer dans le bon sens. Cette association et les événements qu’elle engendre font montre d’une réelle volonté de changement. Il y a eu en dix ans plus d’évolution sur les questions liées au handicap, que comme jamais auparavant. La FÉDÉEH est une chance, où acteurs valides et handicapés inventent des solutions modernes, généreuses et effectives. Je crois que les mentalités ont changé et cette association est l’outil qui peut parvenir à de bons résultats. Le golf m’a appris que le handicap pouvait être amélioré, la FÉDÉEH prouve qu’il peut être valorisé !

Date du témoignage: le 13 décembre 2012