Retourner à la liste des témoignages

Grandir en situation de handicap en faisant face à l'évolution du regard des autres

déficience visuelle
enfance difficile
suivi médical régulier
hospitalisations
opérations
regard des autres
accident de vie
enseignement spécialisé
enseignement ordinaire
sympathie
gêne à l'égard du handicap
indifférence
aide humaine

Prénom : Nathalie*

Type(s) de handicap : Visuel

Spécialité(s) étudiée(s) : AES

Ville : Paris

 

Témoignage :

Thème 1 : Présentation du handicap

Ayant perdu la vue dans mon enfance, précisément à l’âge de raison, et ayant vécu une enfance difficile avec de fréquentes visites à l’hôpital pour des opérations ou autres, le handicap a tout de suite fait partie de ma vie. Bien qu’il m’ait côtoyé à un âge où on prend les choses plus facilement puisqu’on fait peu attention au regard des autres, en outre on s’attarde peu sur l’avenir et ce qui peut en découler, il a tout de même changé ma vie, et surtout ma vision des choses. Mais je n’ai ressenti une différence blessante que plus tard ; lorsqu’on commence à se demander réellement ce que pensent de soi les autres, quand on se pose des questions sur ce qui nous entoure.

Thème 2 : Scolarité

Après deux ans dans un institut pour les déficients visuels, j’ai ensuite été intégrée dans un très bon collège. Au départ, je me suis intégrée comme je pouvais, demandant de l’aide sans me poser de questions, surtout parce que les gens étaient sympathiques et pour la plupart plutôt ouverts. Mais petit à petit, les choses ont changé ; d’une fascination pour la façon dont je me débrouillais et une gentillesse tirée par le fait qu’on est jeune et insouciant, on est passé à un blocage probablement lié au regard des autres. Certaines personnes m’aident sans que je le leur demande au lycée, j’ai des amis bien sûr, mais le regard des gens a changé. Ce n’est plus de l’indifférence tranquille mais de la gêne et parfois même de la répugnance à aider. Parce qu’on se demande ce que pensent les gens d’une compagnie qui a besoin d’aide ou autre, allez savoir !

Quoi qu’il en soit, les deux dernières années au lycée ont été dures au niveau de la fréquentation de certains élèves parce que les gens sont trop attentifs à l’image qu’ils peuvent offrir aux autres. C’est ainsi qu’après l’obtention de mon bac, j’ai enchaîné avec une demi-année à la fac qui m’a paru très différente, autant au niveau du rapport avec les gens que de la scolarité.

Thème 3 : Études suivies

Cependant, malgré un contact au départ un peu restreint, ça s’est peu à peu ouvert et on se rend compte que l’université offre plus de chances de s’intégrer. On a plus de liberté ; cela peut entraîner des problèmes au niveau de la scolarité, mais cela aide beaucoup pour se faire des amis et pouvoir échanger avec les autres.

J’ai arrêté cette année là car je trouvais que l’université n’offrait que peu d’aide aux personnes en situation de handicap, mais j’ai finalement repris l’année suivante et je suis cette année en deuxième année à la Sorbonne. Le passage est rude entre le lycée et la fac ou l’encadrement et l’aide sont tout à coup très réduits.

On essaie toujours de s’intégrer, à chaque moment, à chaque minute parce que les gens échangent avec des regards, nous on ne peut pas forcément alors les gens sont mal à l’aise, parfois même, ils ont peur. Pas de nous, mais de ce qu’ils ne connaissent pas, le handicap.

Si aujourd’hui je m’en sors, ce n’est pas forcément grâce à l’administration de la fac. Certes ils essaient d’aider, mais ils ne font pas tout ce qu’ils peuvent pour nous soutenir, et n’ont toujours pas assez de budget pour nous offrir une structure plus adaptée. Il faut surtout compter sur l’aide des professeurs et des camarades, ce qui n’est pas toujours évident. On apprend peu à peu à prendre plus de responsabilités, à faire les choses par soi-même. Imprimer les choses soi-même là où on en a la possibilité ou chez soi quand on a un matériel adapté, avertir les professeurs et l’administration pour avoir le plus vite possible les livres qui nous seront indispensables durant le semestre, demander l’aide d’un preneur de notes au relais handicap et le changer s’il n’est pas assez compétent. Il faut également adhérer aux associations qui peuvent nous apporter de l’aide car on en a toujours besoin pour trouver un stage, pour que nos livres soient numérisés ou pour échanger avec d’autres personnes dans une situation similaire.

Il faut apprendre à se débrouiller dans tous les domaines, comme des enfants. Que ce soit la cuisine ou l’assimilation d’un nouveau logiciel complexe et très visuel, il nous faut plus de temps pour apprendre. C’est sans doute le plus pénible.

Mais quand on s’y fait, on a moins de mal à avancer par soi-même et il faut faire des efforts et des concessions pour y parvenir.

Date du témoignage : le 18 janvier 2013

* Le nom a été modifié pour des raisons de confidentialité