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Le handicap ? une réalité cernée par peu de gens

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Prénom : Abdoulaye

Type(s) de handicap : Maladie chronique

Spécialité(s) étudiée(s) : Master 1 Ressources humaines

 

Témoignage : 

Thème 1 : Présentation

Je m’appelle Abdoulaye Tounkara, je suis étudiant à l’IAE de Lyon que j’ai intégré il y a trois ans, juste après mon hospitalisation et le début de ma maladie. J’ai postulé en master de comptabilité, contrôle et audit (CCA) et pensais avoir un dossier de candidature solide puisque j’étais recommandé par mon professeur de fiscalité qui désirait me prendre dans son cabinet si l’IAE acceptait de me former. Malgré cela, je n’ai pas été admis.

Thème 2 : Scolarité

Je suis quand même resté dans cette école où j’étudie maintenant par défaut en Master 1 de RH  On m’a accepté après avoir fait pression auprès de l’administration en leur expliquant que j’avais validé ma licence dans des conditions qu’ils n’ont pas contribué à faciliter, et qu’au-delà de tout ça, aucune raison administrative ou liée à mes notes ne s’opposait à mon passage en master 1. 

J’ai dû arrêter ma scolarité à la fin du premier semestre cette année pour des raisons de santé. J’en ai profité pour refaire un stage dans le cabinet de comptabilité de mon ancien professeur quand j’ai appris que je ne serai pas en mesure de terminer mon année, car on ne me permettait pas de rattraper les examens où j’avais été absent.

Actuellement, je me suis fixé pour objectif d’intégrer une école privée et c’est la raison pour laquelle j’ai besoin de fonds. C’est un projet coûteux. Fort heureusement grâce à la FÉDÉEH j’ai pu obtenir une bourse d’entreprise (HP) ce qui devrait contribuer à faciliter le financement de cette école.

Thème 3 : Vie professionnelle

Dans ma situation, je considère que, sans travailler, on a juste assez pour vivre, mais pas suffisamment pour se permettre des extras pour des formations professionnelles, ou  il faudrait arrêter d’étudier et se présenter au pôle emploi et à l’AGEFIPH.

Mais ce qu’il y a de plus important, c’est l’effet que fera cette bourse sur les recruteurs à l’avenir quand je la soulignerai dans un entretien. Je pense qu’elle permettra d’atténuer la méfiance des recruteurs à mon égard. J’ai l’impression qu’ils deviennent méfiants à l’idée d’avoir à recruter quelqu’un qui ne travaille pas vraiment comme les autres candidats qu’ils voient passer, ce qui montre bien à quel point la confiance est le problème fondamental dans les processus de recrutement, par delà le CV et la performance aux entretiens. Or, dorénavant, les recruteurs verront cette bourse comme la preuve de mes compétences et me feront peut être plus confiance, chose dont les personnes en situation de handicap et moi-même avons besoin. De fait, les appréciations de mes ex-employeurs et cette bourse qui sont la reconnaissance du potentiel que j’ai, vont contribuer à crédibiliser mon profil, car si HP, la FÉDÉEH et mes employeurs ont cru en moi, pourquoi pas l’entreprise X.

Thème 4 : Vie quotidienne

Je souhaite rejoindre l’école privée que je vais intégrer cette année pour deux raisons : d’une part pour m’orienter vers le contrôle de gestion et d’autre part car je me suis rendu compte qu’à la fac la prise en  compte du handicap manque d’honnêteté. Tu as le sentiment de déranger ; aménager ton cursus est un fardeau pour eux. En effet, nous sommes considérés comme aussi aptes physiquement que les autres étudiants valides, et ce malgré la reconnaissance de notre maladie. Tu dois prouver deux fois plus que les autres pour qu’on te donne du crédit et c’est là le paradoxe : tu es physiquement affaibli mais tu dois donner plus ; tu es plus faible mais on te demande de donner autant qu’une personne valide.

Je pense que la réalité du handicap est cernée par peu de gens, ce que montre bien l’exemple suivant : durant ma licence mon état de santé n’était pas contrôlé comme maintenant. J’avais donc des dispenses d’assiduité et des problèmes pour accéder aux cours (la mission handicap demande les cours, les professeurs refusent car ils publient des bouquins ou te les donnent une semaine avant l’examen). L’administration a toujours connu mes particularités, et malgré cela, on m’a toujours évalué sur 8h d’examens, pendant plusieurs jours d’affilé et après on m’a demandé : pourquoi mes notes sont moyennes ? Et je me demandais : « comment ces gens qui me questionnent réfléchissent-ils ?». J’ai un traitement qui nécessite des antidouleurs qui mettraient 95% des gens hors service ; et malgré ça on va m’évaluer comme la personne qui a passé son examen avec toutes ses capacités physiques et mentales, et qui a bénéficié des cours et TD, sur la même plage horaire. Tu vas avoir 12/20 dans ces conditions et on te dira que tu n’es pas assez bon. Et je pense que cette asymétrie entre le système en général et les réalités du handicap fait abandonner les études à bien des personnes en situation de handicap, car c’est éreintant à terme. Avec du recul, j’ai l’impression que tout a été fait pour me mettre des bâtons dans les roues pendant ces trois années, ou encore tester ma pugnacité.

Ce genre d’expériences te pousse sérieusement à ne plus faire état de ton handicap car à un moment tu te demandes : « A quoi bon ? ». Et c’est idem dans le monde du travail, J’ai même pensé à ne plus déclarer mon handicap à l’avenir, car l’énoncé suffit pour que ma formation, mes expériences, mes compétences, même mes recommandations équivalent à zéro en quelques lettres « RQTH » (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé). Mais j’avoue que ce n’est pas soutenable et qu’il faut en parler, et avoir la chance d’avoir des interlocuteurs informés et sensibilisés pour trouver un compromis qui ne lèse pas vos employeurs dans leurs objectifs et ne met pas votre santé en danger. Ce constat m’a donc poussé à vouloir quitter la fac et intégrer une école privée, dont je peux choisir la taille et qui accepte pleinement mon handicap en aménageant mon cursus.

Thème 5 : La FÉDÉEH

Dans toutes les épreuves que j’ai pu rencontrer au cours de cette année, Marc Sprunk a toujours été à mes côtés, avec une grande disponibilité. Rejoindre la FÉDÉEH était une manière de le remercier : puisque le but de la FÉDÉEH est de promouvoir la présence des personnes en situation de handicap dans les études supérieures et sur le marché de l’emploi, en adhérant à la FÉDÉEH je montre que j’adhère à ces idées et que j’approuvais totalement leur démarche.

« Nous sommes ce que nous faisons, l’excellence n’est pas un acte mais une habitude », Aristote. 

Dans tout ce que tu entreprends, tu donnes de ton mieux, ce qui t’empêche d’avoir des regrets, de te remettre en question. Si tu donnes le meilleur de toi-même, les gens ne pourront pas te remettre en question, parce que les faits parlent d’eux même, et tu seras cohérent avec toi-même. Tu es différent, et tu as le droit de prétendre comme tout le monde à te réaliser et pour ça, il faut croire en tes potentialités tout en ayant une grande conscience de tes particularités, en essayant d’investir et développer ses forces / en gérant ses faiblesses. Il n’y a pas de petite réalisation lorsque cette dernière a été faite au mieux.

Dans le handicap, l’environnement crée des doutes sur nos capacités, doutes qui sont nocifs car, à force d’être exposé au manque de confiance des autres, on intériorise et perd confiance en soi.

Il faut voir que tout n’est pas négatif, que certains doutent de nous, mais que d’autres nous encouragent. Et rien que pour garder un pied dans la société civile, cela est important. Il ne faut surtout pas intérioriser cette incapacité que les autres te renvoient. Dans mon cas je vois mon handicap comme une particularité qui m’a développé, rendu fort.

Se sentir soutenu par la FÉDÉEH est une chose qui pousse à puiser dans mes ressources et faire face à l’adversité quelle qu’elle soit. Tenter ne coûte rien, si vous essuyez un refus vous avez le même quotidien, rien de moins, cependant si votre tentative aboutit, que de choses vous pourrez réaliser en plus, et c’est ça qui doit vous motiver car les échecs ou refus ne diminuent en rien votre potentiel.

J’ai toujours peiné à solliciter du soutien, et cela désinforme et isole lorsqu’il faut faire face à des épreuves. La FÉDÉEH, HP, et les soutiens divers ont cette grande envie de nous voir réussir. 

N’hésitez donc pas à solliciter de l’aide.

Date du témoignage : le 14 juillet 2013