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L'intégration en milieu ordinaire: une incitation à se surpasser

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structure spécialisée
Handicafés

Prénom : Radouane

Type(s) de handicap : Visuel

Spécialité(s) étudiée(s) : Doctorat en Sciences politiques 

Ville : Lyon

 

Témoignage :

Thème 1: Présentation du handicap

Etant déficient visuel totale depuis l’âge de  5 ans, cette cécité est devenu pour moi un état normal. Il est clair que la perception du handicap varie d’une personne à l’autre. Car plusieurs éléments sont pris en compte : l’inclusion sociale, les difficultés à l’école ou l’université, le soutien familial et l’insertion professionnelle. La personnalité et la psychologie ont aussi un rôle non négligeable. En ce qui me concerne, peut-être parce que j’ai perdu la vue très jeune, j’ai pu m’adapter avec la cécité et développer d’autres alternatives. Le handicap devient un obstacle lorsque nous sommes confrontés à des barrières sociales et culturelles que nous n’arrivons pas à surmonter.

Le regard des autres m’importe peu car avec mes fréquentations, j’ai pu constater que chaque personne a un handicap plus ou moins visible même si cette personne se prétend valide.

Je me déplace en toute autonomie avec une canne blanche, il me suffit de prendre les repères par une description d’un accompagnant la première fois. Par exemple, lors de l’intégration de l’université, une visite guidée au début de l’année. Pour moi, un déficient visuel, ne rencontre aucun problème particulier dans l’entretien et le déplacement dans son logement même si ce dernier se situe à n’importe quel étage avec ou sans ascenseur.

Thème 2: Scolaire

Revenant à mon cursus scolaire et universitaire, j’ai été en école spécialisée dans la déficience visuelle jusqu’au collège. Toutefois, j’ai étudié en cours du soir les langues avec des voyants. Cette expérience a été très enrichissante ; les participants sont issus de différentes classes sociales et d’âge variés (16- 75 ans). La méthodologie anglophone est très différente que la francophone. Il est vrai que dans les manuels, il y avait beaucoup de schémas et images qui formaient autant d’obstacles visuels pour accéder au savoir. Toutefois avec la structure du travail en groupe, il y avait de l’entraide, on me décrivait les images et  je corrigeais l’écoute grâce à mon audition. Le directeur du centre m’a facilité mes études en me fournissant le CD audio à chaque début de programme du trimestre. La pratique de la langue est facilitée par une variété d’activité à l’extérieur de la classe, comme l’organisation des séances de poésie, rédactions, films, séances de discussion et l’écriture d’un journal du centre.

En ce qui concerne mon cursus classique, au lycée, j’ai intégré un cursus normal avec quelques aménagements (examen individuel, tiers temps, secrétaire …). Cette intégration m’a permis de me surpasser et vouloir faire des études universitaires, d’où je suis allé en université pour étudier le droit et la science politique jusqu’au niveau doctorat.

A partir du lycée et mes cours d’apprentissage de langue, j’ai eu énormément de connaissances avec des voyants plus que les non-voyants. Car j’avais plus d’activités avec eux. Par exemple, la création d’une association, l’organisation des voyages, la visite des monuments historiques et le partage de plusieurs points en commun. Pendant mon cursus universitaire, j’avais l’occasion d’avoir plus de communication individuelle avec les enseignants en abordant le thème handicap. J’ai pu alors leur demander  une version informatique de leur cours qu’ils assurent. Malheureusement, je me suis rendu compte que peu d’enseignants sont sensibilisés et comprennent les difficultés que j’ai rencontrées. Parmi eux, ceux qui respectent à la lettre le droit de la propriété intellectuelle, d’autres qui tout simplement n’ont pas de versions dématérialisées de leur programme.  Je pense qu’il serait judicieux qu’une charte d’accès universel soit établie dans toutes les universités et que l’on puisse demander à tous les enseignants d’y souscrire.

Thème 3: Études suivies

Le droit et la science politique étaient les branches qui m’ont attirées le plus. Mon expérience m’a montré qu’il y a peu de déficients visuels intégrant ces branches en province d’où la pénurie d’aménagements. Quelques matières étaient basées exclusivement sur des schémas et dessins comme les crises internationales. Pour détourner cette difficulté j’ai pu demander au professeur de me fournir une autre version de son programme. Toutefois, ma requête n’a abouti que grâce à la pression de la mission handicap. Cette dernière, de l’Université Lyon 3, était à l’écoute et prête à lancer une campagne pour récupérer des notes de cours tapées sur l’ordinateur des étudiants. Ce qui a servi à sensibiliser aussi les enseignants. Cependant, la plus grande difficulté apparait quand on intègre la recherche. Car il y a une absence d’accompagnement, absence d’ouvrages adaptés, moins de prise en charge par les missions handicap et pénurie de financement. C’est un terrain vierge où plusieurs mesures méritent d’être étudiées. Tout d’abord, l’accompagnement pour la consultation des archives déclassifiées, la structure d’une base numérique riche et variée, la priorité pour les chercheurs handicapés dans les contrats doctoraux, l’accompagnement des missions handicap dans le cycle doctoral…

Thème 4: Vie professionnelle

Mes études ne nécessitent pas de stage dès la licence, d’où les difficultés rencontrées lors de la recherche d’un travail après mon master. Malheureusement, les entreprises ont peur de l’incapacité de se mouvoir, malgré le 6% imposé par l’Etat à l’embauche de personnes atteintes de handicap. Elles préfèrent payer les pénalités que d’embaucher une personne handicapée. Heureusement, une expérience en contrat de professionnalisation, m’a permis d’avoir de l’espoir car j’ai pu travailler en tant que juriste d’entreprise dans un environnement adapté, agréable et intéressant avec un esprit d’entraide.

Cependant, je tiens à souligner que contrairement aux idées reçues, il ne s’agissait pas d’un poste sans activités mais plutôt chargé par des dossiers et des contrats qui dépassaient les autres juristes collègues. Il était sérieusement question d’ailleurs de transformer ce stage en un véritable poste portant ouverture d’un contrat de longue durée.

Thème 5: Loisirs

J’apprécie les voyages organisés, les débats culturels, la marche et l’informatique sans être dans une structure spécialisée. Actuellement, la phase de la recherche me prend beaucoup de temps avec les obstacles mentionnés d’où mes loisirs sont restreints.

Thème 6: La FÉDÉEH

Lors de la rencontre nationale organisée par la FÉDÉEH le 9 et 10 février, à laquelle j’ai assisté pour la première fois, j’ai trouvé que cette association est très dynamique. Ce qui permet à tous les adhérents un échange convivial sur les expériences et le partage des solutions trouvées aux difficultés rencontrées. La FÉDÉEH  joue un rôle très important pour l’intégration des personnes atteintes de handicap dans la société et surtout l’accès au marché du travail par le biais des Handicafés© et les échanges qui les entourent.

La seule chose que j’attends est une aide pour l’insertion professionnelle et une sensibilisation auprès des missions handicap de toutes les universités en France afin que les personnes handicapées en études  puissent trouver une réponse aux questions qu’elles se posent. Car les personnes travaillant dans ces missions ne sont pas formées dans le domaine de l’orientation lié au handicap. Les missions handicap se contentent d’aménager des examens, notamment par l’attribution de Tiers temps ainsi que de mettre à disposition des preneurs de notes.

Date du témoignage: le 23 février 2013