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Persévérer dans son premier choix d'orientation après un refus dû à son handicap

kiné
milieu ordinaire
Histoire
recherche
ordinateur portable
CDD
enseignant-chercheur
théâtre
natation
Sports en Solidaire

Type(s) de handicap : Autre

Spécialité(s) étudiée(s) : Histoire

Métier : Enseignante en Histoire à l'Université

 

Témoignage :

Thème 1 : Présentation du handicap

Je suis atteinte d'une déficience neurologique ayant des conséquences musculaires ce qui entraine une importante fatigabilité et nécessite des séances chez le kiné plusieurs fois par semaines. 

Pour autant, pendant longtemps je ne me suis pas considérée comme handicapée. Certes j'étais plus lente que les autres mais je n'étais pas handicapée puisque je ne me déplace pas en fauteuil roulant. Cela ne m'empêche pas de préférer me déplacer en bus plutôt qu'en métro ou RER car il y a moins de marches que j'ai parfois du mal à monter. 

Thème 2 : Scolarité

J'ai toujours suivi ma scolarité en milieu ordinaire grâce notamment à la directrice de ma première école qui à relever le défi de m'accueillir. Les autres ont ensuite suivi car ils savaient que c'était possible et qu'en cas de question ils pouvaient contacter l'école précédente. 

J'ai toujours été très proche de mes enseignants avec qui nous avons imaginés ensemble les meilleures solutions pour compenser mes difficultés. 

Ces bonnes relations l'ont été au dépend de mes relations avec mes camarades qui m'ont certains traité de mongole (Pourquoi je ne suis pas originaire de Mongolie ?) ou ont imité ma démarche et mon élocution souvent désordonnés. Ainsi je peux résumer mes années lycéenne en disant que mes relations avec mes camarades de classes s'arrêtaient aux portes du lycée. Certes ils étaient toujours là en cas de difficultés pour me passer leurs notes de cours ou me porter mon cartable, mais s'il y avait une soirée d'organisée ou si certains allaient au cinéma, je n'étais jamais invitée. Il faut reconnaître que pendant longtemps, au collège, j'avais souvent du décliner des invitations par manque de temps. J'avais toujours des devoirs à faire. Là aussi il me fallait plus de temps que mes camarades...

Thème 3 : Études suivies

Après le bac, je voulais faire des études de documentation. Je suis allée rencontrer une école qui m'a bien fait comprendre qu'étant donné mon handicap cela serait très difficile de m'accueillir dans cette école. Suite à cet accueil, il était évident que je ne rentrerais pas dans cette école. J'ai alors commencé des études d'histoire à la fac afin d'obtenir une maîtrise et ainsi être dispensée de concours pour entrée dans une école publique de documentation. C'est alors que j'ai appris que je pouvais avoir des aides si mon handicap était reconnu par la COTOREP (ancien nom pour les personnes majeures de la CDAPH des MDPH depuis 2005). J'ai alors pu bénéficier d'un financement pour acheter mon premier ordinateur portable qui valait à l'époque plus de 30 000 Francs. J'ai aussi pu étaler mes études sur plusieurs années et j'ai enfin connu mes premiers copains.

C'est ainsi que j'ai obtenue une maîtrise d'histoire. J'étais alors piquée par le virus de la recherche. Finis les projets de documentation, je voulais fait un troisième cycle et obtenir une thèse de doctorat, seul diplôme, à mes yeux qui étais reconnu au niveau international. Le seul souci est que mon directeur de maîtrise, en dépit de ma mention très bien, refusait de me suivre en troisième cycle si je ne passais pas d'abord une agrégation d'histoire. Or je ne me voyais pas du tout enseignante d'histoire. Pour moi ce métier, n'était pas compatible avec mes difficultés physiques. 

C'est alors que j'ai décidé de mener des recherches sur le handicap. Il est vrai qu'à force d'entendre dire partout autours de moi que mon parcours scolaire était extraordinaire, je me suis dit que je ne pouvais pas garder ça pour moi et en faire profiter d'autres.

Après plusieurs intermédiaires, j'ai rencontré un nouveau directeur de recherches qui a accepté de me suivre sur un projet autour du handicap. J'ai alors changé d'université mais aussi de filière car mon directeur était en sociologie. Après une période d'adaptation à cette nouvelle discipline j'obtiens mon doctorat sur le handicap dans l'enseignement supérieur, en 2004 quelques semaines avant que la loi du 11 février 2005 ne soit votée. 

Thème 4 : Vie professionnelle

Alors que je suivais mes études d'histoire, j'ai fait deux années de suite une mission dans un institut d'histoire que j'avais eu par l'intermédiaire d'une association favorisant l'insertion professionnelle des étudiants handicapés. Cette première expérience m'a démontré que j'avais les capacités de travailler. Mes collaborateurs connaissaient ma situation et étaient attentifs à ce que je n'aille pas au delà de mes capacités. J'ai ensuite fait un stage au centre de documentation d'un grand quotidien français. Durant cette expérience, j'ai eu une importante crise musculaire liée à mon activité quotidienne. Celle-ci a été redéfinie afin que je puisse mener mon stage à son terme. J'ai alors pris conscience des limites de mes capacités sur mon activité professionnelle et que celle-ci devait être aménagée afin que  je puisse la réaliser sans difficulté.

Durant la préparation de ma thèse, je n'ai pas bénéficié de financement mais je n'ai pas non plus eu besoin de chercher du travail car je bénéficiais de l'Allocation aux Adultes Handicapés. Si cela est un avantage, cela a aussi eu des conséquences négatives. Je n'ai pas pu construire de réseau et me faire connaître des scientifiques de mon domaine. De plus mon laboratoire de recherche ne m'était pas physiquement accessible. Enfin, mes recherches me prenaient beaucoup de temps et je n'ai pas publié d'articles scientifiques durant mes études, autre moyen de se faire connaître. En conséquence, après l'obtention de mon doctorat, je n'ai pas trouvé d'emploi à la fac comme enseignante. Il est vrai que l'on m'a proposé à plusieurs reprises de devenir chargée de mission handicap dans une université. Mais ayant étudié de près la question, je connaissais bien cette activité nécessitant d'importante capacités de persuasion que je ne pense pas avoir. 

Près de 18 mois après l'obtention de ma thèse, j'ai été embauchée en CDD comme chargée de mission dans une entreprise qui menait une enquête sur les étudiants handicapés, et qui voulait organiser un colloque sur cette thématique et élaborer une formation pour certains de ses collaborateurs. Dès mon arrivée, la question de mon handicap a été abordée et des solutions mises en place, notamment une flexibilité horaire et la possibilité en cas de nécessité de travailler chez moi. Cette expérience s'étant bien passée et un nouveau poste au sein du pôle expertise ayant été créé, j'ai accepté un contrat de chargée d'étude en CDI. 

Malheureusement, les solutions mises en place n'étaient qu'un accord tacite entre un directeur adjoint et moi-même et quelques mois après mon embauche définitive, ce directeur a quitté l'entreprise et à partir de ce moment la situation s'est très rapidement dégradée, je n'avais plus de flexibilité horaire ni la possibilité de travailler de mon domicile sauf les jours de grève de transport. Alors que j'avais prouvé lors de mon premier contrat de 9 mois que je pouvais assurer une activité professionnelle à plein temps, la suppression des aménagement et les conséquences tant physiques que psychologiques m'ont contrainte à demander à la sécurité sociale une mise en invalidité afin de ne travailler qu'à mi-temps avec un complément de salaire versé par la sécurité sociale. Cela a nécessité, un avenant à mon contrat de travail dans lequel j'ai pu faire inscrire un aménagement horaire me permettant d'assurer mon temps de travail sur deux journées et non deux et demi. Depuis j'ai également demandé une étude ergonomique de mon poste de travail. Quel gâchis d'en arriver là alors qu'il avait été prouvé que d'autres solutions étaient possibles. Par ailleurs, certains collaborateurs de mon service me font parfaitement comprendre que je n'appartiens pas réellement au même service qu'eux. 

Heureusement depuis quelques mois j'ai été sollicitée pour donner des cours à l'université dans mon domaine de recherche. Quel plaisir de se sentir appréciée et reconnue pour des compétences et non jugée pour ce que l'on ait physiquement ou socialement. J'espère que cette première sollicitation pourra en amener d'autres et que je pourrais rapidement m'épanouir également par le partage avec d'autres et au profit du plus grand nombre de mes compétences professionnelles.

Thème 5 : Loisirs 

Durant ma scolarité, mon temps se partageait entre l'école, les devoirs et les soins. Peu de place était consacrée aux loisirs à l'exception de quelques sorties au théâtre et les vacances à la campagne ou à la montagne. 

Les choses ont changé quand j'ai commencé mes études supérieures. J'ai rejoins un club de théâtre, rencontré des amis et commencé à faire la fête. Je me suis aussi inscrite à des cours de natations adaptés dans le cadre de l'association sportive qui se déroulaient en même temps et dans la même piscine que les étudiants non handicapés. C'est alors que j'ai participé  à plusieurs aventures mémorables qu'ont été les semaines « sports en solidaire », semaine durant laquelle autant d'étudiants handicapés que de valides découvraient des sports peu accessibles, théoriquement, aux personnes handicapées (plongée sous marine, kayak de mer, cheval d'acrobatie, rafting, escalade, parapente, ski alpin, ….), et la création des semaines, puis des journées et enfin la campagne Handivalides dont l'objectif premier étaient de se faire rencontrer personnes dites handicapées et personnes dites valides autours de moments ludiques et conviviaux mais aussi d'échanges et de réflexions lors de conférences et tables ronde.

Aujourd'hui je n'ai pas la possibilité de pratiquer un sport ou du théâtre, mais je continue à pratiquer des loisirs et à m'investir bénévolement. Mes loisirs qui n'ont aucun lien avec mon handicap sont pour moi une source d'équilibre essentielle pour prendre un moment de pause entre mes activités professionnelles, les soins et mon engagement bénévole.

Thème 6 : La FÉDÉEH

Pourquoi la FEDEEH ? Parce que le contexte politique à profondément changé depuis 2005 et que la question des étudiants handicapés dans l'enseignement supérieur se pose désormais dans un contexte nouveau. Parce qu'une synergie entre toutes les parties prenantes est à créer. Parce que la communication et l'échange des expériences entre personnes dites « handicapées » et personnes dites « valides » est encore difficile et que je pense pouvoir contribuer à favoriser ce dialogue. Parce que c'est aussi un moyen pour moi de rester proche de mon terrain de recherche et de le voir évoluer. Parce que je suis militante dans une société qui accueille toujours plus respectueusement toutes les différences. Voilà pourquoi je me suis lancée dans l'aventure de la FEDEEH et que j'y crois profondément.

Date du témoignage : le 06 octobre 2011