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Prénom : Alice*

Type(s) de handicap : Visuel

Spécialité(s) étudiée(s) : Licence d'anglais

Ville : Poitiers

 

Témoignage:

Thème 1 : Présentation du handicap

Je suis aujourd'hui non-voyante après une perte évolutive de la vue depuis que je suis toute petite. J'ai en fait une maladie (un glocaume) de naisssance qui a provoqué la perte progressive de ma vue. Jusqu'à l'âge de 15 ans environ j'avais encore plus de 4/10 de vision puis à partir de là j'ai rapidement perdu ce qu'il me restait en accuité visuelle, j'ai donc dû m'adapter assez vite à ma nouvelle situation.

Quand j'ai eu 19 ans, ma première année d'indépendance, j'ai suivi une rééducation au centre de Marly-Le-Roy (78) où j'ai appris à être le plus autonome possible dans ma vie quotidienne. Maîtrise de la canne, déplacements en ville, vie au domicile avec ménage cuisine etc,  mais j'ai aussi découvert des équipements pour faciliter la vie de tous les jours (équipements informatiques mais aussi plus pratiques.) J'y suis restée un peu plus de quatre mois et cela m'a beaucoup aidé pour atteindre un certain degré d'autonomie et aussi pour faire un travail sur moi-même pour accepter mon handicap.

Aujourd'hui je vis en colocation et tout se passe bien. Ce qui reste le plus difficile c'est les déplacements, j'ai appris le trajet pour me rendre au bus et ainsi pouvoir aller en cours mais les courses et me déplacer dans un lieu inconnu reste encore difficile. Les transports sont plus ou moins adaptés, certains bus parlent et indiquent les arrêts d'autres non et il faut alors se débrouiller. Lorsque je demande de l'aide dans la rue, il y a souvent des gens pour m'aider et heureusement car avec les travaux qu'il y a dans ma ville, les obstacles changent presque tous les jours sur mon chemin.

Thème 2 : Scolarité

J'ai toujours été scolarisée en intégration dans un milieu ordinaire. A l'école primaire, j'ai eu la chance de tomber dans un établissement qui avait déjà accueilli plusieurs élèves non ou mal-voyants avant moi. J'avais encore une certaine accuité visuelle à l'époque je travaillais donc avec des documents agrandis. J'ai également appris le braille et la dactylographie en parallèle des leçons des autres élèves de ma classe.

Au collège, cela a continué. Là encore je n'avais besoin que de documents agrandis, je travaillais encore avec les manuels scolaires et pouvais encore écrire à la main.

C'est vraiment au lycée que ça a été compliqué. Après un changement de région, mon année de 2nde a été plutôt catastrophique. J'étais entre deux, c'est à dire que je ne voyais plus assez pour travailler sur papier et je n'avais pas encore de matériel informatique adapté.

En 1ère et terminale, j'ai pu bénéficier d'un ordinateur portable où j'ai pu agrandir comme je le voulais les logiciels avec lesquels je devais travailler. J'avais une AVS qui m'aidait et faisait beaucoup de numérisation de documents. J'étais également en section cinéma-audiovisuel et devais réaliser, tourner et monter un court métrage pour mon bac. Assez contradictoire avec mon handicap mais ce projet est arrivé à terme et j'ai eu une très bonne note pour ce film même si le montage a été laborieux.

Dans mes relations avec les autres, je dirais que j'ai de manière générale eu des professeurs compréhensifs et attentifs. Je me souviens avoir eu un gros soucis avec un professeur lorsque j'étais au lycée qui n'arrivait pas - ou ne voulait pas ? - adapter ses supports de cours pour moi... Du coup j'ai eu une note plutôt médiocre au bac dans sa matière et je n'allais presque plus en cours dans cette discipline, heureusement j'ai pu compenser avec d'autres bonnes notes.

Avec les autres élèves, ça n'a pas toujours été facile. La primaire puis le collège surtout. Le regard des autres, les moqueries... Ca a parfois été dur, surtout lorsque vous êtes dans un petit collège de campagne et que vous êtes une sorte d'attraction. Je m'y suis faite et le lycée m'a laissé du répit. Plus grand établissement, mentalités différentes... Et je mentirais en disant que je n'avais aucun ami car j'avais de supers personnes autour de moi.

Thème 3 : Études suivies

Mon parcours universitaire est assez cahotique puisque j'ai eu quatre réorientations. J'ai fait ma première année à l'université en filière psychologie tout en préparant le concours d'éducatrice de jeunes enfants. Une fois arrivée au concours on m'a fait comprendre que vis-à-vis de mon handicap et de la sécurité que les structures de la petite enfance se devaient de respecter vis-à-vis des enfants qu'ils accueillaient - il semble en effet difficile d'assurer la sécurité et de surveiller un groupe qui peut contenir jusqu'à huit enfants de moins de six ans - ma formation allait être difficile voir impossible. 

J'étais un peu perdue ensuite car j'avais ce projet professionnel depuis plusieurs années. Je suis alors partie en droit où j'ai passé deux ans avant de changer pour les langues suite à un second échec pour valider ma première année de droit. Je suis aujourd'hui étudiante en anglais depuis deux ans et tout se passe bien.

J'ai fait en tout trois universités et ça n'a pas toujours été facile de trouver des solutions pour aménager mes études. Aujourd'hui, un équilibre a été trouvé. Je fonctionne par informatique (numérisation des documents, prises de notes sur ordinateur...) grâce à un système de synthèse vocale. J'ai les supports de cours en format numérique, un tiers temps pour les examens et je compose ces derniers par ordinateur également. j'ai des aménagements pour certaines matières comme la phonétique qui fait partie intégrante de ma formation en langues.

Thème 4 : Vie professionnelle

Ma vie professionnelle est pour l'instant assez inexistante. J'ai travaillé comme babysitter pendant ma première année de fac, j'ai fait des stages d'observation en crèche, ludothèque et IME (Institut Medico-Educatif) lorsque je préparais le concours d'éducatrice de jeunes enfants. J'ai ensuite eu un stage d'observation aux éditions de livres juridiques Dalloz à Paris et j'ai passé deux jours à suivre une journaliste non-voyante au sein de Radio France, j'avais eu ces deux derniers stage par des connaissances.

Aujourd'hui, je suis dans l'attente de réponse de jobhs pour cet été suite à un Handicafé auquel j'ai participé fin Mars 2012. 

Je souhaiterai travailler dans le domaine de la communication (plutôt dans le milieu artistique ou culturel) ou dans l'information (journalisme en ligne ou radio...) Ce sont des métiers assez fermés je le sais mais je fais tout pour y arriver. J'ai quelques craintes, surtout concernant le domaine visuel de la communication et c'est pour cela que je cherche aujourd'hui des stage dans ce domaine pour réaliser et appréhender les difficultés que je pourrais rencontrer. 

Thème 5 : Loisirs 

Côté loisir je ne pratique aucun sport même si je sais que des aménagements seraient possibles, il y a même des associations sportives pour les personnes en situation de handicap dans ma ville. Mes principaux loisirs restent culturels, je vais au cinéma et beaucoup aux concerts. J'écris, joue, compose et fais de la musique également.

Thème 6 : La FÉDÉEH

  C'est par l'association Handisup Centre-Ouest à laquelle je suis adhérente que j'ai connu la FÉDÉEH. J'ai décidé d'y adhérer car il me semble important d'agir au sein d'un organisme pour faire bouger les choses pour les jeunes en situations de handicap et attirer l'attention du grand public et des institutions sur cette situation et cause et je pense que la FÉDÉEH, par sa dimension nationale, peut jouer un grand rôle.

Date du témoignage: le 29 octobre 2012

* Le nom a été modifié pour des raisons de confidentialité