Retourner à la liste des témoignages

Une réorientation choisie en cours d'études

regard des autres
fauteuil roulant
autonomie
logement adapté
milieu ordinaire
égalité des chances
accessibilité du bâti
secrétaire aux examens
tiers temps
accessibilité numérique
vie périscolaire
solidarité étudiante
réorientation

Prénom : Sahand

Type(s) de handicap : Moteur

Spécialité(s) étudiée(s) : Informatique - Sociologie

Métier : Doctorant en sociologie

Ville : Strasbourg

 

Témoignage:

Thème 1 : Présentation du handicap

Bonjour, ma déficience peut être qualifiée de déficience motrice touchant principalement les membres inférieurs et m'empêchant de marcher sans aide. Cependant, j'ai encore la possibilité d'utiliser mes jambes comme appui et je peux également faire quelques pas en béquilles. Mais, d'une façon générale, je me déplace en fauteuil roulant électrique ou manuel en fonction de mes besoins. Mon handicap ne constitue pas pour moi à proprement parler une barrière. En effet, je vis de façon relativement indépendante, mais cela ne veut pas dire que je refuse de l'aide quand celle-ci se présente. Bien sûr, au niveau des « rituels » de la vie quotidienne cela m'a forcé à penser à des astuces qui m'ont facilité la vie. Au niveau du regard des autres étant quelqu'un d'assez avenant j'ai toujours essayé de faire en sorte de « désamorcer » le handicap. J'entends par là qu’il est naturel pour une personne n'ayant jamais été confrontée à cela d'avoir un sentiment d'appréhension voire de recul. C'est pour cela que j'essaye dans la mesure du possible d’aller vers les autres pour désamorcer cette appréhension. Concernant mon logement, on va dire que cela s'est passé en trois étapes. À la fin de mon lycée, j'ai commencé mes études dans la même ville que celle où résident mes parents, j’ai donc logé chez eux. Ensuite à mon arrivée à Strasbourg j'ai d'abord logé en résidence universitaire, celle-ci était administrée par le CROUS. Au niveau des adaptations du logement, cela s'est surtout fait au niveau de la salle de bains et des sanitaires. La baignoire classique a été remplacée par une douche, il y avait différentes barres de maintien dans les sanitaires et cela s'arrête là. Aujourd'hui, je vis seul dans mon appartement, et en termes d'adaptation c'est principalement la salle de bains qui a été aménagée.

Thème 2 : Scolarité

Au niveau de ma scolarité, j'ai effectué la totalité de mon cursus scolaire en milieu ordinaire. Si j'ai pu faire cela, c'est grâce en partie à la volonté de mon cercle familial qui voulait absolument éviter les institutions spécialisées. Je me dois de rappeler une chose : au jour d'aujourd'hui, j'ai 28 ans, j'ai commencé ma scolarité au milieu des années 80. À cette époque, la question de l'intégration des personnes handicapées en milieu ordinaire n'était pas « chose naturelle ». Je n'ai pas connu ce que l'on nomme aujourd'hui « assistante de vie scolaire ». Mais en contrepartie, cette situation nous a forcé aussi bien moi que mes parents à nous impliquer davantage dans la vie de la classe ou la vie de l'établissement. Grâce à cela, nous avons pu rapidement sensibiliser l'équipe enseignante et cela à tous les niveaux de ma scolarité. Arrivé au lycée, j'ai continué cette politique d'ouverture à autrui. Je me dois de signaler que mes deux parents sont tous deux enseignants dans le supérieur. De ce fait, j'ai d'une certaine façon très vite « désacraliser » le statut de professeur ce qu'il y a facilité mes rapports avec les enseignants.

Thème 3 : Études suivies

J’ai suivi une filière générale de type économique et social. Ce type de filière n'ayant pas beaucoup de T.P en laboratoire, les aménagements pouvaient être perçus comme moins difficiles à mettre en place. Au lycée, le principal aménagement était que notre classe avait toujours cours dans la même salle. Au niveau de la prise de notes, je me débrouillais en partie seul et de temps à autre, je faisais appel à la solidarité de mes camarades de classe. Il n'y avait pas une personne spécifique pour cela. En ce qui concerne les contrôles, au lieu du tiers-temps supplémentaire, mais enseignant raccourcissait le sujet de 30 %. Mais lors des bacs blancs, le lycée mettait à ma disposition une salle ainsi qu'un secrétaire particulier. C'est également dans ces conditions que j'ai passé mon baccalauréat. Concernant mon cursus d'enseignement supérieur, celui-ci est un peu particulier. J'entends par là que j'ai d'abord effectué un cursus à dominance professionnelle puis après avoir obtenu mon diplôme et travaillé en entreprise, j'ai décidé, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le handicap, de reprendre le chemin des bancs d'école et plus particulièrement de l'université. Durant mon cursus en DUT et en licence professionnelle, compte tenu du fait que l'informatique était la composante majeure de ces formations, il y avait nettement moins de problèmes en termes de prise de notes ou de travaux pratiques. Les cours étant diffusées à tout le monde sous forme électronique. D'une certaine façon, on peut dire que l'appréhension que j'avais par rapport à mon premier cursus n'était pas due à des problèmes d'aménagement du bâtiment, mais plutôt à des appréhensions concernant ce que j'appelle la vie « périscolaire » c'est-à-dire les activités mises en place par la formation hors du cadre classique. Je pense notamment aux différentes classes de neige et autre week-end d'intégration. Mais mes appréhensions se sont vite effacées grâce à « la solidarité étudiante ». En effet, les lieux dans lesquels nous avons effectué les différents séjours n'étaient en aucun cas adaptés, mais grâce aux liens forts que j'avais tissés avec certains amis nous avons pu outrepasser ce genre de problème. L'épisode de la classe de neige est assez révélateur. En effet, mes professeurs, mes amis, et les autres accompagnateurs se sont par exemple débrouillés pour me trouver un moniteur de ski qui pratiquait le ski en fauteuil roulant. J'ai pu donc comme tout le monde, non sans mal je dois l'avouer, profiter des pistes de ski. Il faut rappeler que cela a été possible parce que ma déficience est sans doute moins contraignante que d'autres. Je ne nécessite pas de soin particulier et j'ai la chance d'être relativement indépendant en ce qui concerne les actes de la vie de tous les jours. Ce n'est bien sûr pas le cas pour tout le monde. À la fin de mon premier cursus, j'ai décidé de reprendre les études pour des raisons que je détaillerai plus tard. Au niveau du cursus universitaire, on peut dire que j'ai fait un virage à 180°. Je suis parti d'un cursus qui avait une vocation professionnalisante pour arriver vers un cursus universitaire plus théorique. Il était d'abord centré sur les langues puis sur les questions interculturelles pour enfin aboutir dans le domaine des sciences politiques et de la sociologie. Je suis actuellement en train de préparer mon doctorat.

Thème 4 : Vie professionnelle

Sur le plan de la vie professionnelle, mes différents stages et expériences ayant eu lieu dans le domaine de l'informatique, il n'y avait pas vraiment de question d'aménagement de poste. J'avais également la chance à l'époque d'être passionné par ce secteur ce qui favorisait ma productivité en entreprise. En stage, je n'hésitais pas rester 3 heures de plus si c'était pour finir un projet. Mais, je me suis rendu compte que je ne voulais pas faire carrière en permanence dans ce secteur. C'est pour cela que j'ai repris des études, durant mon retour à l'université je me suis petit à petit rendu compte que le domaine de la recherche scientifique me plaisait nettement plus. C'est pour cela que j'espère faire carrière dans le monde universitaire et c'est d'ailleurs la raison qui m'a poussé à changer de façon si radicale de cursus universitaire.

Thème 5 : Loisirs 

Strasbourg ayant une chaîne d'accessibilité en termes de transport et de voirie relativement efficace, je peux profiter facilement et de façon assez indépendante des différentes opportunités que m'offre la ville sur le plan culturel et artistique. Ensuite, en ce qui concerne l'aspect plus festif et plus privé de la ville je dois avouer que cela dépend vraiment de la politique mise en place à l'intérieur de l'établissement. J'entends par là que certains établissements qui pourraient sembler inaccessibles sont en réalité plus accessibles que des bâtiments qui sont architecturalement moins problématiques, car les propriétaires de certains lieux dits « inaccessibles » sont plus sensibles à la question.

Thème 6 : La FÉDÉEH

Pour moi, ce qui est intéressant avec FÉDÉEH est sa façon d'agir. Pour moi, elle est innovante, car elle essaye de prendre en compte l'ensemble des aspects de l'inclusion des personnes en situation de handicap, quelle que soit la déficience. Tout en n'oubliant pas de centrer cela autour des personnes. De plus, je pense qu'elle agit là où il faut pour, à terme, changer les représentations du handicap c'est-à-dire les étudiants. Modifier les représentations des jeunes revient à changer les représentations de la société dans le futur. Ce qui est à mon sens très pertinent. J'espère que dans le futur elle se dynamisera de plus en plus et je veux croire que dans un avenir plus ou moins lointain elle n'ait plus lieu d'être, car elle aura accompli ses objectifs. Objectifs qui pour moi se résument avec la phrase suivante : les personnes handicapées sont des personnes comme les autres avec les mêmes attentes, les mêmes rêves et les mêmes besoins.

Date du témoignage: le 29 octobre 2012